Francine Faleu : l’Afrique urbaine chic !

 

« LeKORI » c’est le nom de sa marque de vêtements. Le caurie (ou kori), était ce coquillage qui servait de monnaie d’échange dans des temps anciens en Afrique.

Pour Francine Faleu, la styliste, « c’est aussi un symbole féminin. »

Son atelier vient d’ouvrir au 9 rue des Gardes : « Cela faisait des années que je cherchais un local, que je déposais dossier sur dossier et là, j’ai décroché ce lieu via Paris Habitat. Le loyer est modique. Impossible de trouver l’équivalent dans Paris. Et en même temps, je viens de décrocher un CDI chez Dior où je m’occupe de la logistique. On fait de beaux emballages qu’on expédie à Abu Dhabi ou ailleurs à l’étranger, pour des clients fortunés. Bref, le boulot et le local, tout est arrivé en même temps. » C’est donc désormais en week-end que la styliste est à l’ouvrage.

Quand je suis rentrée dans l’atelier, j’ai tout de suite vu que même si sa mode est occidentale, le tissu utilisé est africain et ce tissu, c’est le bogolan.

lekori4-14e01.jpg

Je me suis alors souvenue d’un périple à Ségou au Mali avec mon amie Awa Meité qui est malienne et styliste aussi. Nous étions parties à la rencontre du groupe Kasobané (« la prison est ouverte » en bambara). Six plasticiens bien décidés à réhabiliter cette pièce de coton et sa manière de le teindre. Le bogolan est tissé à la main par bandes de 5 à 12 cms et teint avec des décoctions de feuilles d’arbre et au final, plongé dans l’argile ce qui lui donne cette teinte ocre. C’est un vêtement-médecine car les décoctions de feuilles de Ngalama et mpeku qui sont utilisées pour la teinture sont aussi utilisées en médecine traditionnelle- les premières pour lutter contre le paludisme, les secondes en guise d’antibiotiques contre les infections ou sur les plaies. Ainsi naît le bogolan qui se pare alors de signes. Car en Afrique le vêtement est aussi un langage. Par exemple, une ligne brisée qu’on trouve souvent sur les côtés des pièces de bogolan énonce une sagesse : « Que ta vie ne soit pas sinueuse. »

Ces lignes brisées sont présentes sur les manteaux en vente rue des Gardes.

Francine Faleu est une quadragénaire longiligne, qui porte un flot de tresses à la façon africaine. Pour le reste, c’est jean, bottes et sweat. Elle est née au Cameroun et est arrivée en France à sept ans. « Toute ma vie s’est faite ici » dit-elle. Elle a donc fait des études « j’ai travaillé dans la com’ », puis une formation au Greta de la mode pendant quatre ans « du dessin à la couture, c’est là que j’ai tout appris. » Un interim enfin chez Chanel « pour apprendre à coudre droit et surtout  voir de belles pièces et du travail bien fait. »

La découverte du bogolan ? « C’était en 2004, à l’époque je faisais partie d’un groupe de musique, j’étais à Bamako chez Toumani Diabate (NDR. le célèbre joueur de kora), je me baladais, j’ai vu les tisserands fabriquer ces bandes de coton, les teinturières et je suis tombée amoureuse de ce tissu. Chez moi, au Cameroun, le bogolan n’existe pas, et dans mon ethnie les Bamileké Baganté, on n’a pas du tout les mêmes teintes, chez nous, c’est le bleu qui prévaut.

Au Mali, au Burkina où j’ai fait aussi beaucoup de séjours, j’ai eu un coup de cœur pour le bogolan classique, toutes ces couleurs, les jaunes, les ocres, le noir. J’ai pris contact avec des coopératives de femmes, tisserandes ou teinturières. Puis j’ai sauté le pas. Je me suis fait un manteau et à Paris, les gens m’accostaient dans le métro. J’ai alors commencé par une mini collection : cinq articles. Et ça a fait boule de neige. »

lekori-3a9f5.jpg

Francine Faleu crée des prototypes, travaille au Mali avec les tisserands et les teinturières pour fixer les couleurs et à Paris, fait fabriquer les vêtements «par une pro. ». La rue des Gardes, au cœur de la Goutte d’or, sera son lieu de vente. Elle s’inquiète un peu : « Il n’y a pas grand chose pour grignoter dans le coin et pas beaucoup de passage, mais précise-t-elle « il y a aussi internet et les réseaux sociaux, ce sont mes vecteurs ».

On s’interroge à notre tour : les coquettes de Bamako et d’ailleurs préfèrent au bogolan, le Wax ou le Bazin, ces pagnes en provenance de Hollande qui n’ont donc rien d’africain mais dont les Africaines raffolent. Même scénario à la Goutte d’Or où les clientes viennent de toute l’Ile de France, chercher ici ces mêmes tissus.

Le bogolan classique est vendu dans une seule boutique de la rue Myrha mais, pour en faire des accessoires de décoration pour la maison : dessus de lit, tenture, nappe etc.

A sa façon, la styliste part sur les traces de Chris Seydou qui, dans les années 80, réussit à donner ses lettres de noblesse au bogolan et à le faire rentrer  dans le monde de la Haute couture. Francine Faleu : « Je m’adresse à une clientèle qui aime les choses rares et la qualité. Le bogolan est moins connu mais déjà la plupart des personnes qui passent devant mon atelier s’arrêtent. »

Avec des coups de cœur pour ses jupes boule ou parapluie, ses vestes cintrées, ses robes au décolleté plongeant, ses manteaux aux couleurs flashy.

Le bogolan prend ainsi au cœur de la Goutte d’Or des allures très couture !

IMG_7915.JPG

LeKORI, 9 rue des Gardes 75018 Paris (métro Barbès)

Les tailles vont du 36 au 44.  Les prix : de 300 à 500 euros

www.lekori.com