Les fleurs et « l’urbanisme sécuritaire »

C’est fou ce que nos élus aiment les plantes. Ainsi la Goutte d’Or est « végétalisée » à tour de bras. Prenons ces charmantes poteries en résine plastique de plus d’un mètre de hauteur et qui, depuis février, trônent à l’angle des rues de la Charbonnière et Caplat. Surmontées d’arbrisseaux étiques. On a du rose,  de l’orange, du vert fluo. C’est gai, coloré, et…paraît-il, dissuasif.
La même opération avait eu lieu rue de la Goutte d’Or où d’énormes pots de fleurs avaient été disposés le long des arcades. Aujourd’hui les mêmes sont collés en rang d’oignons le long de la vitrine du Leader Price. Là encore, il était question de « végétaliser  » dans le but, assez faux cul quand même, d’empêcher SDF et migrants de s’allonger, sous les arcades, à l’abri de la pluie, du vent, du froid, que sais je…Certains servent encore de tête de lit aux quelques SDF qui sont restés là.

Plus loin à la Chapelle, l’option a été plus minérale, des blocs de pierre, pour empêcher les migrants de stationner face au centre d’accueil bien trop petit pour les accueillir…Bref, là aussi, une invitation à circuler pour les indésirables !

Dans le cas de la Charbonnière/ Caplat,  il s’agit d’empêcher ce qui a de tout temps été un lieu de petits trafics, deals, marché à la sauvette et autres variantes des marchés de la misère.

Renseignements pris, cela s’appelle très exactement de « l’urbanisme sécuritaire », ou « urbanisme défensif ». Cela fait partie de ce matériel urbain qu’on peut retrouver dans le métro visant à empêcher de s’asseoir ou de s’allonger. Enfin, soyons précis, qui empêchent les miséreux de s’asseoir et de s’allonger là.

Ainsi va la Goutte d’Or, végétalisée et….sécurisée.

Il paraît que l’opération s’appelle « Barbès respire », et j’ai même lu quelque part que certains estiment que les pots ne sont pas assez hauts et que donc ils risquent de se transformer gentiment en cendriers ou en poubelle à ciel ouvert. Je rassure les inquiets, c’est fait !

Je ne peux pas m’empêcher dans le fameux cadre de la « végétalisation » tant vantée par la mairie de Paris, de penser à ce que j’ai vu de ce qu’il reste du jardin partagé « La Goutte Verte »: une armada de pots en déroute déplacés sur le terrain de foot de la rue de la Goutte d’Or. Ce magnifique espace floral et ajoutons, de rencontres entre habitants, a été déplacé là, en attendant de terminer quelque part dans un minuscule espace, plein Nord, rue Richomme.

Je m’égare ? Pas vraiment. Les jardins partagés, sont un vrai lieu d’échange entre génération, habitants, quelque soient leur âge, leur origine sociale. Ce dont apparemment nos élus se moquent du tiers comme du quart.  A l’intérieur de la Goutte d’Or, il ne reste d’ailleurs, qu’un véritable jardin partagé. On ne jardine plus, on « végétalise ».

Pour ce qui est des plantes et des fleurs, voilà maintenant qu’on les détourne de leur fonction première : la beauté,  pour les transformer, en arme de dissuasion massive. Sans compter que ça ne marche pas, que le problème est largement ailleurs, que cette défense frileuse de l’espace public a quelque chose d’obscène.

Et puis,  l’angle des rues de la Charbonnière/Caplat, c’est peut-être fluo et coloré, végétalisé et peut-être même sécurisé, mais qu’est ce que c’est moche !

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