Exposition : « Lettres ouvertes » à l’Institut des Cultures d’Islam

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« Sab’h2 » Encre sur toile ©Nja Mahdaoui

Ils viennent de France, du Maroc, de Tunisie, d’Egypte, du Liban, d’Allemagne, d’Amérique, du Japon ou d’Australie. Dix-sept artistes qui s’approprient la calligraphie. Cette première écriture, apparue au VIIe siècle, d’un texte sacré : le Coran.

Mais pour les artistes qui exposent à l’Institut des Cultures d’Islam (ICI), il s’agit aussi de s’en affranchir.
Lui donner la liberté de mille supports : la sculpture, la céramique, le dessin, la vidéo, le vitrail etc.

Se permettre, grâce à elle, l’entrée dans des mondes imaginaires, picturaux, et abstraits. Crier la douleur de l’exil ou contester l’ordre établi. Exprimer par le corps le rapport des hommes à l’écriture par la mise en mouvement, la danse. Lui offrir enfin tous les espaces, y compris la rue.

Ainsi dans le hall de l’ICI Goutte d’Or on entre dans un monde de signes, où le sens de la lettre est absent. Bernar Venet par exemple et sa lettre d’acier qui ne signifie rien, a une légèreté apparente alors qu’elle pèse près de 500kgs.  Une sculpture pour la beauté du geste. Idem dans les lettres et les couleurs entremêlées de Nja Mahdaoui, où est évoquée la potentialité de la ligne avant la naissance de la lettre.

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« The written room » Installation ©Parastou Forouhar

A l’étage de l’ICI Goutte d’Or, c’est une utilisation douloureuse, fracturée, de la calligraphie. S’y exprime la douleur d’une langue et d’un pays perdus pour ces artistes iraniens en exil, Parastou Forouhar et Hossein Walamanesh. La première, à coups de bribes de phrases en farsi, occupe toute une salle du sol au plafond. Et on hésite presque à piétiner encore et encore cette langue qui s’éparpille, à coups de phrases hachées, qui ont perdu leur sens. Sur le collage du second et sur fond de planisphère, une phrase calligraphiée : « D’où est-ce que je viens ? »

A l’ICI Léon, place aux contestataires. Ammar Abo Bakr, dans une fresque murale identique à celles qui ont couvert les murs du Caire, dénonce les exactions du pouvoir lors de la révolution égyptienne de 2011. Mounir Fatmi avec sa drôle de machine qui ressemble comme de deux gouttes de pétrole à une foreuse, dénonce, lui, cette machine industrielle et appelle à une remise en circulation des mots et des idées fondant la religion musulmane. Dans cette partie contestataire, l’insolent clin d’œil de Fayçal Bahgriche fait sourire. Il a mis sous marie louise, des tableaux de Picasso, Ingres et Matisse. Ceux que les censeurs d’Iran et d’Arabie saoudite, barrent d’un trait de marqueur pour cacher ces seins et ce sexe que l’on ne saurait voir. C’est drôle parce que ce geste répétitif, obsédant et presque distrait rappelle le geste du calligraphe.

Enfin sur la vidéo de la plasticienne et danseuse américaine Heather Hansen, ce n’est plus un geste qui dessine la lettre mais le corps tout entier. Elle est allongée. Ses bras tracent les signes , son corps roule et s’enduit de la matière (l’encre). Une fusion du geste de l’écriture avec le corps. On la regarde jusqu’à l’hypnose…

Alors, tout semble permis aux artistes pour offrir aux calligraphes, la mise en mouvement de la lettre par la danse. Smail Kanouté et SIFAT s’y sont employés tout comme les danseurs de la compagnie « Turn off the light ». Les corps des danseurs s’imbriquent, puis se fondent dans la lettre. Une manière de sculpture vivante et littérale.

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« The Fluo Box Project » Installation ©L’Atlas

Enfin, comme une liberté supplémentaire, il y a la rue, dont Bahia Shehab s’est emparée  sur le mur de l’ICI Goutte d’Or et  Tarek Benaoum sur celui de l’ICI Léon avec une monumentale fresque sur plus de 200m2..

Rachid Koraïchi, calligraphe, peintre, sculpteur, céramiste expose lui aussi des calligraphies sur des textes du poète palestinien Mahmoud Darwich.  Il sera question, au cours d’une table ronde, de son oasis d’Oued Souf en Algérie. L’artiste y a créé le premier « jardin des eaux usées » d’Afrique à Temacine (Sahara).  Un calligraphe au jardin.

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Vitraux © Sara Ouhaddou

L’exposition «Lettres ouvertes, de la calligraphie au street art » jusqu’au 21 Janvier (entrée libre et gratuite)

ICI Goutte d’Or, 56 rue Stephenson, Paris 18e

ICI Léon 19 rue Léon Paris 18e

Visites accompagnées (gratuites sur réservation) : 20 janvier à 15h ; en famille : 29 novembre et 10 janvier à 15h ; visite bilingue (arabe-français) le 17 décembre à 15h.

Conférence de Rachid Koraïchi, le samedi 28 octobre à 17h, l’art du développement durable. ICI Goutte d’Or (gratuit sur réservation<accueil@institut-cultures-islam.org>)

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