Le jardin d’Abdou

 

 

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A quoi reconnaît on un vrai jardinier ? A son goût du partage. Ainsi quand j’ai rencontré Abdou, je n’ai pas tardé en entrer en possession de pousses de thym à planter sur mon balcon et de feuilles de patates douces : « vous les faites cuire comme des épinards et vous pouvez aussi y ajouter des tomates ».

Grand, baraqué, avec un beau visage à la peau mate, Abdou est aussi un taiseux. Rien ne percera de lui, de son histoire. Tout juste apprendra-t-on qu’il est égyptien « un village prés du Caire », que c’est auprès de son père agriculteur qu’il a attrapé le virus du jardin.

En France depuis 1999, il a fait le maçon, l’électricien, et le peintre. Et quand « la friche Polonceau » a ouvert, il a sauté sur l’occasion, lui qui la voit de son balcon, pour créer ce jardin potager venu d’ailleurs.

De la grille qui donne sur la rue Polonceau, j’ai bien vu du maïs, des plants de tomates impeccablement alignés, des aubergines mais en m’approchant je n’ai rien vu de connu.

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Le potager d’Abdou : Maïs, tomates, et  les plants de patates douces (à droite)

Il faut donc visiter ce jardin là, avec son créateur. Et qu’il réponde à une avalanche de questions. A vrai dire, toujours la même : « C’est quoi, Abdou ? » Un jardin extraordinaire, vraiment. Où poussent la patate douce (la rouge et la blanche ), l’ananas, le gombo, le butternut, la cacahuète et le nec plus ultra tout droit venu d’Egypte et cuisiné dans tout le moyen Orient et jusqu’au Mali,  la mloukhiya (corète potagère en v.f), qui a la couleur de l’épinard, est vendu dans toute la Goutte d’Or par les marchants chinois et sert à concocter une sauce accompagnant le riz ou le poulet etc.

On trouve aussi dans le jardin, la menthe des champs (j’ai eu des graines), la ru (épice chère aux jardiniers du moyen Orient), l’agastache et son goût de menthe poivrée et le curcuma : « un anticancéreux », foi de jardinier.

Bien sûr, Abdou cultive aussi la tomate sous toutes ses formes et toutes ses couleurs , les aubergines jaunes, les aromates : thym, coriandre, basilic, sauge etc. et même, ce qui est un étonnement pour le profane, la feuille de mauve sauvage, utilisée en Occident en cosmétique mais qu’Abdou invite à déguster.

Le jardinier ne se contente pas de planter, il marcotte, bouture et greffe. Un pêcher dans un pot, un citronnier, un néflier, des fraises à foison et de la patate douce en pagaille.

Il a étendu sa science, au « jardin l’Univert », à deux encablures de là, pour greffer un figuier, et un rosier qui donnera bientôt des roses de couleurs variées.

Je l’ai suivi au mois de juillet jusqu’au jardin de «la Goutte verte », où il est allé régulièrement arroser quand les jardiniers du lieu étaient partis en vacances et où il ajouté une touche d’exotisme en plantant des gombos aux fleurs magnifiques.

Une question tout de même me taraude : Qu’attend la mairie pour donner un accès à l’eau à «la friche Polonceau » et accessoirement au potager d’Abdou. A ce jardinier hors pair que j’ai vu nettoyer ses vieux jerricans récolteurs d’eau de pluie (on peut rêver) avec un détergent à sa façon, des feuilles d’oseille sauvage.

Bon, on me dira, mais vous ne savez rien de lui. Non, et tant pis. Abdou, le jardinier, est un homme secret. Il dispense tout de même son savoir à qui veut. Quand il est dans le jardin, tout le monde peut venir le questionner sur sa passion, découvrir et apprendre. C’est déjà ça !

Dernier détail : Abdou a une petite fille. Et bien sûr, elle porte un nom de fleur. mais chut !  Je n’en dirai pas plus.

 

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Les cacahuètes
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La menthe des champs
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les tomates

 

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Les gombos au jardin « la goutte verte »

 

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le curcuma

 

 

 

 

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La Mloukhyia (corète potagère)
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fleur de Gombo

 

Le dimanche 16 septembre de 11h à 17h à la « friche Polonceau », « La table ouverte » et « Paris Goutte d’Or » invite tous les habitants du quartier à une rencontre conviviale. L’occasion de visiter la friche, ses plantations, ses poules, de rencontrer les jardiniers et, bien sûr, d’aller aussi voir le jardin potager d’Abdou.