Vigilance orange

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Vu de ma fenêtre. Ne le dérangez pas, il dort. ©Edith Canestrier

Ça dure depuis des semaines. Au pied de mon immeuble, Boulevard Barbès, une cohorte de SDF s’emploie à boire du matin au soir et du soir au matin.

Depuis deux jours, il n’en reste qu’un. Allongé sur un matelas, au milieu des détritus et des canettes de bière, un pied dans le plâtre, et l’autre jambe dans une attelle. Depuis 48 heures, il ne bouge pas. Comme tout le monde, je passe et repasse. Il est allongé le long de la piste cyclable, et les passants sur le trottoir, eux aussi, passent et repassent. Il fait 33° en ce début d’après midi.

Le matin, le bonhomme est en plein soleil. Je m’inquiète. Il y a un magasin de meuble au rez-de-chaussée de mon immeuble qui fait face à l’homme sur son matelas, je signale au vendeur que l’homme qui est là, sous son nez, ne bouge pas depuis deux jours. Il sait, la police est venue et a simplement déplacé le matelas qui gênait car il était devant les distributeurs de la poste, pour le mettre là. Et il ajoute : « Tout le monde s’en fout. »

Il est 13h30, je m’approche, tente de parler à l’allongé. Pas de réponse. Je rentre chez moi et appelle les pompiers. Au téléphone, on me demande s’il y a urgence. J’avoue que je n’en sais rien : « Mais bon, la personne ne bouge carrément plus de son matelas depuis deux jours. « Il faut lui parler madame et savoir s’il y a urgence. » « Je lui ai parlé mais il ne répond pas. »

Le camion des pompiers arrive assez rapidement, et je les attends. « Oui, c’est bien moi qui ai appelé ». Deux femmes pompiers descendent du camion. Et l’une d’entre elles, inexplicablement assez remontée, m’interpelle: « Vous lui avez parlé ? » « Oui, mais il ne répond pas » Alors elle hurle : « MON-SIEUR!». Le type remue vaguement, manifestement pâteux, bredouille quelques mots incompréhensibles. « Ben, vous voyez il est vivant ». « Oui, mais bon, il ne bouge pas depuis deux jours. » « Et bien, vous n’avez qu’à le prendre chez vous. »

Il est 18h, au pied de l’immeuble, une voiture de police et trois policiers, fouillent une voiture, puis fouillent à corps, le conducteur et son passager, deux jeunes Africains. La scène dure, et manifestement les policiers ont fait chou blanc. Les deux voitures repartent. La scène, s’est déroulée devant le matelas où gît le SDF. Je m’aperçois qu’il était sur le dos, et qu’il repose maintenant sur le ventre. Me voilà rassurée !

J’écoute la radio, on annonce quelques 40 degrés sur Paris après demain, et ce message: « Si vous voyez une personne….etc.etc.