Hafida, Farhad, Amparo, Kamel, Rolf : citoyens français

La salle des fêtes de la mairie du 18e arrondissement de Paris est comble pour la cérémonie des étrangers naturalisés français. ©Michel Setboun
La salle des fêtes de la mairie du 18e arrondissement de Paris est comble pour la cérémonie d’accueil des étrangers naturalisés français en 2020 et 2021 © Michel Setboun

Ils sont venus, ils sont tous là et sur leur trente et un. En famille ou avec leurs amis et parfois même leur amoureux ou leur amoureuse. Sous les lambris de la salle des fêtes de la mairie du 18e arrondissement, en ce jeudi 16 Décembre, la foule est dense, bigarrée et digne.

Bien sûr, il a fallu montrer patte blanche (Pass sanitaire), avancer masqués et le rester pendant toute la durée de la cérémonie. Celle ci a lieu tous les ans. L’occasion d’accueillir les étrangers naturalisés français pendant l’année et cette année, d’accueillir aussi ceux qui ont été naturalisés en 2020.

J’avais assisté à la première du genre en novembre 2007, inaugurée par le maire d’alors, Daniel Vaillant. J’y ai retrouvé la même ambiance solennelle et émouvante. La même attention à l’écoute des discours et les mêmes marmots glissant sous la tribune et sur le parquet ciré. Cette année, tout le conseil municipal était représenté et le maire, Eric Lejoindre était, lui, aux manettes. Il y a eu la lecture par l’actrice Garance Bonotto, d’un splendide texte de Victor Hugo, hymne à l’Europe, à la paix et aux droits de l’homme. Un discours du maire qui a notamment vanté les mérites de ce 18e, terre d’accueil, et invité les nouveaux français, à user de leur désormais droit de vote.

Contrairement à novembre 2007, covid oblige, il n’y a pas eu de petits fours et de boissons ni donc l’occasion de facilement se rencontrer. Après une très impressionnante Marseillaise, tout le monde s’est dispersé.

En 2007 ( j’étais alors rédactrice bénévole pour le journal le 18e du mois), j’avais rencontré, autour d’un verre, Frantisek, le Tchèque ; Souad, la Tunisienne ; Kate, la Brésilienne ; Fathi, l’Algérienne ; Vengly, le Cambodgien etc.

Cette fois ci, il a fallu profiter de ceux qui se prenaient en photo pour se faufiler, les rencontrer et y aller même parfois un peu au feeling.

Place donc aux quelques paroles égrenées par ces nouveaux citoyens.

Hafida Belmilondi est arrivée d’Algérie il y a ving-deux ans: « Mes trois enfants sont nés ici, ils sont tous les trois français et tous les trois sont en fac. Moi je suis auxiliaire de vie, j’ai été poussée par eux. A vrai dire, je me sentais un peu hors jeu. »

Dans la foule on ne voit que sa chemise rose, Farhad Sediqi est afghan. Il est arrivé en 2018 et parle un Français fluide, sans accent. : « Je l’ai appris en arrivant ». « Aujourd’hui, je suis chargé d’insertion professionnelle dans une association «Action-Emploi-Réfugié ». En somme, j’aide ceux qui comme moi arrivent d’ailleurs. »

Kamel Ouchène est algérien, il a 56 ans,  et se souvient comme si c’était hier de son arrivée en France : « C’était le 14 février 2001, le jour de la saint Valentin. » Il poursuit : « Depuis mon plus jeune âge, j’aime Paris. J’ai travaillé dix huit ans dans la restauration, puis j’ai été agent de sécurité à l’hôpital Necker. Et là, vous avez devant vous, un futur chauffeur de taxi. »

Norma Maguina est péruvienne et elle venue en famille avec son mari, Juan et sa fillette de huit ans, Léa. « J’ai fait des tas de formations pour apprendre la langue, actuellement je suis nourrice mais avec ma naturalisation, j’espère avoir beaucoup d’opportunités dans mon travail. »

Rolf Wintermeyer est assis dans son coin avec sa femme Mona qui est française. Il est allemand et en France depuis 1972. Il a enseigné la littérature allemande et l’histoire des idées à la Sorbonne. Il est aujourd’hui Professeur émérite : « J’ai plus d’attache ici qu’en Allemagne. Cette naturalisation, c’est la réalité de ma vie quotidienne. »

Léopold Ferret est, dans la foule, bras dessus bras dessous avec sa compagne : « J’étais policier à Brazzaville, j’ai eu quelques ennuis sur place avec le régime. Je suis en France depuis 2004 et agent de sécurité incendie. Ce que m’apporte cette naturalisation ? « Et bien, comme l’a confirmé le maire, la possibilité de voter. »

Parmi les rencontres, il y a eu aussi Cyrus, un Britannique qui lui, a été naturalisé juste avant le Brexit. Il a les cheveux très longs, il est designer, vit à la Goutte d’Or et il se marre : « En fait, je suis désormais citoyen de l’Europe, et, avec des origines indiennes et perses. Beau mélange, non ? » 

Aliona Sivkova a joué la carte du drapeau, manteau rouge, chapeau bleu roi et teint diaphane. Elle est née en Ukraine et est depuis neuf ans en France : « J’ai passé un master en économie sociale et solidaire et un second en communication et media. Aujourd’hui, je suis chargée de clientèle pour une marque de luxe italienne. Ma vie est ici maintenant. » Elle a alors tendu le bras vers une jeune homme assis à deux pas : « Il est franco libanais et c’est mon amoureux. »

Et puis il y a eu enfin, Amparo, la Colombienne. Je l’ai croisée en partant. Elle est en France depuis vingt-deux ans et agent d’entretien. Pas de mot pour dire la joie et la fierté de cette naturalisation. Juste dans un soupir : « C’est la lumière ! »