Moussa Kanté : connecté !

Moussa Kanté, animateur multimedia à la Goutte d’Ordinateur © Michel Setboun

Lunettes siglées Kenzo, mini Dreadlocks au sommet du crâne, haute silhouette baraquée, Moussa Kanté est un jeune trentenaire et ce n’est pas un homme de papier. Il écoute des livres en audio pour apprendre l’anglais ou pour des heures consacrées au développement personnel (6 heures d’écoute pour : comment faire pour avoir plus confiance en soi ). C’est aussi un adepte du vélo. Un fan de manga, de jeux vidéo « j’y joue beaucoup », de comics, de films d’animation peuplés de ses super héros ( Superman et Spider-Man). Il aime aussi aller à la Villette pour y voir principalement des films d’action et des comédies.

S’il parle volontiers de ce qu’il aime, pas question d’en savoir plus sur ses manifestes origines africaines, il balaie la question d’un revers de main. « Je suis allé une fois à Bamako, lieu de naissance de mon père et une autre fois à Dakar où est née  ma mère. » Me voilà donc face à un Parisien pur jus, né du côté de la Porte de Clignancourt, où il a grandi ( primaire René Binet, collège Maurice Utrillo). Il y habite toujours.

Moussa Kanté est animateur multimedia. Son lieu de travail : La Goutte d’Ordinateur. Une association d’utilité publique installée au cœur de la Goutte d’Or qui accompagne les habitants du 18e arrondissement dans les arcanes du numérique. Il est l’un des salariés animateurs de l’association. Ils sont trois : Alexandre, Jacob, et Moussa. Avec eux, Yann en service civique et Agathe qui est bénévole.

J’ai rencontré Moussa dans le local du jardin l’Univert où il vient deux fois par mois. Un problème avec mon portable ? Mes photos sont souvent floues et on me signale qu’elles sont en basse définition. Le verdict est tombé, d’une voix douce mais ferme. Mon portable se porte comme un charme, il peut prendre des photos en haute définition et il est probable que je bouge trop en prenant des photos, voilà pourquoi elles sont souvent floues.

J’ai retrouvé Moussa Kanté sur son lieu de travail rue Léon. La salle est vaste, entièrement occupée par des PC et les deux fois où je m’y suis rendue, occupée aussi par des initiés en grand nombre.

Le travail de Moussa n’est pas un  « bullshit job » : « Nous sommes là pour réduire la fracture numérique. » Vaste programme car, comme l’affirme Moussa, beaucoup de gens qui viennent ici n’ont pas d’ordinateur chez eux et ne savent pas toujours paramétrer leur portable. Il y a donc beaucoup de demandes car les gens essaient de devenir le plus autonome possible. »

« Il n’y a pas de profil type, précise l’animateur, on voit de tout, des Maghrébins, des Africains, mais principalement des gens entre 40 et 60 ans. Certains sont en recherche d’emploi et ceux là n’ont pas le choix. Beaucoup ont peur du numérique et s’aperçoivent qu’il y a des arnaques sur internet. Certains en ont besoin pour  accéder aux sites administratifs. On initie les gens aux outils de bureautique et aussi à détecter les Fake news. »

L’animateur quitte parfois le siège de la rue Léon pour se rendre dans ces myriades d’association qui maillent le 18e arrondissement : l’association le Poulpe, les 4C, le jardin l’Univert, la Maison bleue porte de Montmartre. A Accueil Goutte d’or (AGO), Moussa initie les enfants du primaire au traitement de texte, au codage, et à la réalité virtuelle.

Quand il n’est pas au travail, Moussa dessine. Une passion d’enfance. « Je fais des portraits, des décors. Mes amis me commandent leurs portraits. J’ai toujours rêvé d’en faire mon métier. » Une passion contrariée par un conseiller d’orientation en 3: « Il m’a dit que ce n’était pas un métier que je ne pourrais pas en vivre. Ça m’a perdu. » Le voilà alors orienté vers une formation visant à fabriquer des pièces automobiles. Evidemment rien à voir et, comme de juste, Moussa s’y ennuie à mourir : « j’ai tout lâché. »

L’adolescent tente alors une formation de vendeur : « Mais je n’ai pas trouvé de formation en alternance. » Tout de même il trouve un travail de vendeur de jeux vidéo et « franchement j’ai beaucoup aimé, ça m’a donné confiance en moi. »

Parallèlement Il entame une formation accélérée d’animateur multimedia, suivie d’une formation de technicien réseau.

Il dégote un poste à Aubervilliers d’abord puis à la Goutte d’Or.

Aujourd’hui la passion du dessin est toujours là : « Un ami  m’a fait découvrir le dessin par informatique et aujourd’hui tant que j’ai mon crayon et ma tablette, je suis le roi. Est ce que je vais me diriger vers un métier d’illustrateur ou d’infographiste ? Je n’en sais rien. Je peux y aller au talent, non ? »

La Goutte d’Ordinateur

7 rue Léon, Paris 18e

Tél : 01 42 51 03 61