Jardin « L’Univert », vert paradis

Sous la tonnelle formée par l’arbre aux papillons, le repos et le silence © Edith Canestrier

Niché dans la Goutte d’Or, derrière une HLM du 35 rue Polonceau, invisible de la rue, le jardin « L’Univert » est une vraie surprise : un écrin de verdure dans un quartier minéral, un havre de paix.

Je fréquente ce jardin partagé depuis dix ans et je ne me lasse pas d’admirer sa longévité, son exubérance.

Le printemps cette année est sa saison. Une vraie jungle, faite de tout ce qui a été ensemencé ou planté au fil du temps, les arbres (le Pêcher, le Lilas, le Prunier, le Laurier sauce) qui ont poussé haut. Et aussi ces plantes, filles du vent et des oiseaux, les adventices.  Tous les ans elles changent de forme, ne sont jamais les mêmes : La Chélidoine et le Lamier blanc aujourd’hui prennent leurs aises et le Gaillet Gratteron qui colle au doigts aussi, les orties dans un des ces paniers que l’on va chercher chez les marchands africains s’infiltrent où bon leur semble ; le Séneçon, lui, avait bizarrement poussé derrière la porte de la serre. Cette année, il a pris la clé des champs.

Il faut bien sûr citer ceux qui sont à l’œuvre dans ce jardin tout au long de l’année, sous la houlette d’Anne qui a succédé à Caroline, la créatrice du jardin et j’espère n’oublier personne : Anne donc, l’animatrice, veille au grain, traque dans ses déambulations les plants pas trop chers, et sur place, les escargots qui boulottent les semis. Elle n’a de cesse d’étendre l’espace de « l’Univert », d’où cette colonie de paniers qui désormais bordent la rue Polonceau. Elle imagine et questionne : « Et si on créait un mini potager à la place des pommes de terre, à côté des soucis. Vous en pensez quoi ?»

Christophe, le méticuleux surveille et arrose les semis dans la serre. C’est un adepte de la cisaille à gazon et aucune herbe haute ne lui résiste.

Johan,  le jardinier bricoleur a construit les bancs, et tracé ou dallé des sentiers car, auparavant, après la pluie, ce n’était que glissade sur la boue. Kenan un jeune collégien suit Johan comme son ombre, se plie à tous les travaux et avoue même : « Oui, pourquoi pas, je serai un jour jardinier ». Fatma, sa maman, est une championne du thé à la menthe. Sophie vient assidument nourrir les trois chats.

Oscar, en service civique, qui, comme tous ceux qui sont passés par là, apprend le jardin, le nom des plantes, sème, tamise la terre, et goûte tout simplement au plaisir d’être là.

Ameth, le musicien chanteur, ne fait parfois que saluer avant d’aller voir ses parents qui habitent dans le bâtiment qui surplombe le jardin. Il a donné un concert avec eux pour l’anniversaire de « L’Univert » en Septembre. Un concert louange, façon griots, comme au Sénégal.

Je n’oublie pas les visiteurs réguliers, Corinne et Michel qui, après les repas de printemps pris au jardin, se replient sous la tonnelle du buddleia pour fumer leur clope, ou Brigitte, en voisine, qui tous les matins, vient aux nouvelles avant d’aller boire un café dans la Goutte d’Or.

Je n’oublie pas non plus les enfants du mercredi après midi. Ils viennent apprendre à semer, à arroser (le must !), et cavalent partout dans cet espace de liberté qu’est le jardin.

 Les jardiniers du lundi après midi, ceux de Maison Blanche qui sont en soin pour des troubles de l’humeur et viennent ici se ressourcer. Ils ne sont pas les seuls. Venir au jardin est un soin en soi. C’est mettre les mains dans la terre, prendre le temps de regarder, de sentir et, par chance, de voir les mésanges se bagarrer dans les branches du prunier et, miracle, découvrir un paon du jour, ce papillon en voie d’extinction, posé sur une feuille d’Anémone du Japon.

Au printemps, ce n’est pas seulement la saison du renouveau, c’est aussi celle de l’attente : le Jasmin est en bouton, le Solanum et la Pivoine arbustive aussi ; cachés sous le prunier, les Lychnis (Coquelourdes ) sont revenus, les Saponaires et les Epiaires de Byzance (oreilles d’ours) débordent de leur panier d’osier. Une Onagre a migré et pousse désormais au pied de l’escalier à même le béton. Il y a des semis de Zinnias près d’un plant de lavande, de Bourrache et de Pavot de Californie un peu partout dans le jardin et jusque dans les paniers de la rue Polonceau. Tout cela est une promesse de fleurs.

Si les Campanules ne les envahissent pas trop, les Asters fleuriront en Septembre. Le Lilas des Indes est déjà en bourgeons et prendra une magnifique teinte carmin en été. On sèmera les Ipomées en mai pour les avoir jusqu’à l’automne en espérant que, comme d’habitude, elles forment une muraille de couleurs.

Abdel, le jardinier de « la Goutte verte », passe en ami. Il a comme il dit, « les mains qui le démangent », alors il taille un peu le citronnier, beaucoup la vigne et signale que si on n’arrose pas le figuier, les figues sècheront sur pied et tomberont. Il a déjà donné des boutures d’Hortensia et apportera des petits plants de Chrysanthème qui fleuriront en saison, pour la Toussaint.

Ainsi va la vie au jardin, un « Univert » à partager !

Jardin L’Univert, 35 rue Polonceau 75018

Paris Tél : 06 14 61 52 11

Ouvert le lundi et le jeudi de 9h à 17h

le vendredi de 9h à 12h

Promenade printanière – Photos Edith Canestrier